COVID & le travail du sexe des hommes: légitimer et lutter contre la stigmatisation

La pandémie actuelle de COVID-19 a mis en évidence les inégalités en matière d’économie et de santé entre différents groupes de personnes dans le monde[1]. Les travailleurs du sexe, entre autres, se sont retrouvés dans une situation très délicate. Les fermetures et autres directives de santé publique ont rendu difficile la pratique libre de leur travail. Comme le travail du sexe n’est pas reconnu comme un travail légitime, ceux pour qui le travail du sexe est le seul revenu ne pouvaient pas avoir accès à la prestation canadienne d’urgence (PCU) ni au régime d’assurance-emploi. De plus, les travailleurs du sexe étaient exposés à un plus grand risque de contracter la COVID-19, car leur travail implique souvent des contacts physiques étroits.

Les travailleurs du sexe ne se ressemblent pas tous et n’ont pas les mêmes besoins. Certains gagnent bien leur vie, d’autres travaillent à temps partiel pour compléter leurs revenus tandis que d’autres encore vivent dans des conditions précaires, ce qui signifie que la pandémie n’a pas touché tous les travailleurs du sexe de la même manière[2], [3].  Cependant, pour les raisons mentionnées ci-dessus, ils sont confrontés à des défis spécifiques liés à la nature de leur travail.

Bien que le travail du sexe homme existe depuis toujours aux côtés du travail des femmes[4], son existence a longtemps été niée par notre société et effacée des médias grand public et des débats politiques. Cet effacement entraîne une ignorance des réalités et des besoins des hommes travaillant dans l’industrie du sexe tout en contribuant à leur marginalisation.

Les travailleurs du sexe hommes sont confrontés à un double stigmate : celui de vendre des services sexuels et celui d’offrir un service perçu comme gai[5]. Cela s’ajoute à d’autres formes d’oppression qui se croisent notamment le racisme, la xénophobie et la transphobie, ce qui ajoute des difficultés considérables. Les travailleurs du sexe migrants sont particulièrement vulnérables, car ils sont également confrontés au risque d’expulsion1.

La criminalisation du travail du sexe au Canada contribue également à la stigmatisation de ces individus. Pour toutes ces raisons, de nombreux des travailleurs du sexe préfèrent garder leur travail secret et certains ont des difficultés à trouver un système de soutien adéquat4.

Dans le contexte d’une pandémie, le besoin de soutien aurait pu être plus important chez les travailleurs du sexe plus vulnérables. Pourtant, en ces temps d’isolement et d’incertitude, certains d’entre eux se sont retrouvés sans soutien émotionnel alors qu’ils étaient confrontés à une pression économique considérable.

Malgré la criminalisation et la stigmatisation des travailleurs du sexe, ces derniers sont avant tout créatifs, ingénieux et forts. Les communautés et les organisations des travailleurs du sexe ont réagi rapidement aux défis de la pandémie. Ils ont soutenu leurs pairs en élaborant des ressources telles que des guides pour un travail plus sûr pendant la COVID-19 (voir ci-dessous) et en mettant en place des fonds d’urgence et d’entraide1.

La pandémie de COVID-19 expose le besoin déjà existant de décriminaliser et de lutter contre la stigmatisation du travail du sexe. La reconnaissance du travail du sexe comme un travail légitime permettrait d’offrir de meilleures conditions de travail, notamment une protection et un soutien en cas de crise mondiale. Du point de vue de la justice sociale, les membres les plus vulnérables de la société devraient être inclus dans la réponse à la COVID-19[1].

Les travailleurs du sexe méritent la sécurité, le respect et la dignité et, dans le contexte d’une pandémie, ils devraient avoir accès aux mêmes soutiens économiques et sociaux que tout le monde. Négliger leurs besoins ne fait pas disparaitre leur profession et ne rend pas la société plus sûre. Pour reprendre les mots de Gerald Hannon, professeur canadien et travailleur du sexe homme:

Le fait est que nous serons toujours là et nous serons toujours là parce que vous aurez toujours besoin de nous. Vous avez besoin de nous parce que vous avez besoin de sexe, parfois quand ce n’est pas possible ou pratique de l’obtenir de quelqu’un d’autre. Alors, vous pouvez choisir. Vous pouvez choisir de nous nuire avec des lois [et] de vous nuire, car l’hypocrisie brutalise toujours. Vous pouvez choisir de nuire vos institutions, vous pouvez choisir de nuire les communautés dans lesquelles nous vivons, ou vous pouvez choisir d’accepter. Vous pouvez choisir de travailler ensemble avec nous pour… une sorte… d’avenir… Le choix vous appartient vraiment[2]. (traduction libre)

Ressources sur le travail du sexe et la COVID-19

  • COVID-19: Guidance for sex workers
    BC Centre for Disease Control | BC Ministry of Health
    Conseils pour un travail du sexe à moindre risque pendant la COVID-19, avec des ressources supplémentaires suggérées pour les travailleurs du sexe en Colombie-Britannique. (Ressource uniquement en anglais).

Maxim Gaudette


[1] Lam, E. (2020). Pandemic sex workers’ resilience: COVID-19 crisis met with rapid responses by sex worker communities. International Social Work, 63(6), 777‑781. https://doi.org/10.1177/0020872820962202

[2] Gaudette, M. (2018). La parole aux travailleurs du sexe : Comprendre leurs perceptions des risques entourant le métier et les stratégies mises en place pour les gérer [Thesis, Université d’Ottawa / University of Ottawa]. http://dx.doi.org/10.20381/ruor-22457

[3] Walby, K. (2012). Touching encounters: Sex, work, & male-for-male internet escorting. University of Chicago Press.

[4] Friedman, M. (2014). Male Sex Work from Ancient Times to the Near Present. Dans V. Minichiello, & J. Scott, Male sex work and society (p. 2-33) New York, NY: Harrington Park Press.

[5] Comte, J. (2010). Stigmatisation du travail du sexe et identité des travailleurs et travailleuses du sexe. Déviance et Société, 34(3), 425‑446. https://doi.org/10.3917/ds.343.0425

[6] Platt, L., Elmes, J., Stevenson, L., Holt, V., Rolles, S., & Stuart, R. (2020). Sex workers must not be forgotten in the COVID-19 response. The Lancet, 396(10243), 9‑11. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(20)31033-3

[7] Hannon (1996) cited in Allman, D. (1999). M is for Mutual, A is for Acts : Male Sex Work and AIDS in Canada. Virago Press., p. 81.